Ils sont les témoins des douleurs sociales, des conflits familiaux, des problèmes d'argent ; mais aussi les conseillers en gestion, les experts en estimation, et soutien des plus pré-caires.
Longtemps, les commissaires de justice, mieux connus du public sous leur ancienne appel-lation d'huissiers,¬ ont souffert d'une réputation peu flatteuse. Chargés de recouvrer les dettes d'argent, de saisir meubles et véhicules, voire d'expulser les locataires, on craignait leur venue.
Mais depuis une vingtaine d'années, le métier s'est transformé. Plus humain, plus féminin aussi, les commissaires de justice sont désormais à la recherche du juste équilibre entre débiteurs et créanciers, entre justiciables.
De la dette d'argent à l'insulte sur les réseaux sociaux, du divorce houleux au défaut de fabrication, de la succession difficile à l'organisation de loteries, 3800 huissiers de justice s'appliquent chaque année à récupérer 7 milliards d'euros et à apaiser les relations conflic-tuelles.
Nicolas Pirs, 35 ans, a la lourde tâche d'expulser une locataire de 78 ans de sa maison sur l'île de Ré. " Je pense que je n'ai pas un de mes confrères qui prend du plaisir à expulser les gens " confesse-t-il. On le verra négocier un départ volontaire plutôt que de faire appel aux gendarmes.
Aline Hussenet a littéralement épousé la profession lors de ses études de Droit : " je ne me voyais pas faire comme tout le monde. C'est vraiment un métier humain. Tous les jours je rencontre des gens différents ". Nous la suivrons dans l'assistance d'un artiste transfor-miste fâché avec ses employeurs près de Rouen.
Commissaire de justice, un métier parfois dangereux ? C'est ce que nous confirme Camille Lizon à Perpignan : " nous les commissaires de justice, on est amenés à avoir des moments de tension ". Comme lorsqu'il lui faudra saisir un véhicule en leasing, dont le locataire n'a payé aucune traite.
Enfin, Jean-Christophe Rivière, 55 ans, cherchera le meilleur compromis possible pour qu'un locataire désargenté paye à son propriétaire un arriéré de loyer. " Je ne veux pas faire l'épicier, mais combien vous pouvez payer ? ". Un étalement de dette salvateur pour les deux parties.