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«Une situation intolérable»

Publié par
Vincent
Vanessa
le 02/02/2026

Nouveau Président bénévole des Restos du Cœur depuis le 24 octobre, Jean-Michel Richard appelle à la mobilisation pour lutter contre la précarité qui n’a eu de cesse de s’accentuer avec la succession des crises. Rencontre.

Vous prenez votre nouvelle fonction dans un contexte de forte instabilité politique et économique. Comment analysez-vous la situation ?

Je suis arrivé dans une sorte de continuum. Depuis plusieurs années, les crises se sont succédé. De la crise Covid à la crise inflationniste, économique, sociale et institutionnelle, tous ces phénomènes agrégés ont installé une forme de continuité. La situation empire et nous ne voyons ni la précarité, ni la pauvreté reculer. Nous avons utilisé l’image de la vague qui ne reflue pas, mais c’est aujourd’hui une marée montante qui ne redescend pas. De fait, les difficultés s’accentuent et notre activité ne cesse de s’accroître dans une société devenue très inégalitaire avec une classe moyenne qui s'effondre, des personnes qui se paupérisent de plus en plus et d’autres qui vivent de mieux en mieux.

En ce début d’année, quel est le visage de la pauvreté dans notre pays ?

Il ressemble beaucoup à celui de notre jeunesse. 50% des personnes qui poussent aujourd’hui nos portes ont moins de 25 ans et 40% d’entre elles sont mineures. C’est un drame absolu. Il s’agit d’une jeunesse désillusionnée, en souffrance, et qui n'arrive pas à s'insérer professionnellement dans notre société. Voilà pourquoi nos activités d’accompagnement sont essentielles. Le plus inquiétant est le phénomène de reproduction de la précarité. Pour sortir de la précarité, il faut environ six générations. C’est un phénomène d’ampleur qui s’est enkysté et il faut mettre en place une vraie lutte à la racine contre la précarité. Les familles monoparentales sont toujours aussi touchées. Beaucoup de mamans seules ne parviennent pas à nourrir leurs enfants de façon satisfaisante, à souffler, à trouver des aides. « L’ambition petite enfance » que nous déployons depuis le mois de novembre nous permet de les accueillir, de subvenir aux besoins des bébés âgés de 0 à 3 ans, mais surtout de les accompagner. Parmi nos autres publics, nous retrouvons les travailleurs précaires et les retraités, toujours aussi nombreux à nous solliciter.

Qu’attendez-vous en priorité des pouvoirs publics dans les mois qui viennent ?

Le rôle des collectivités locales est fondamental. Nos 2 318 lieux d’accueil sur le territoire hexagonal sont mis à disposition gratuitement par les collectivités à hauteur approximativement de 80%. Pour nous, il s’agit d’un enjeu crucial. Ces mises à disposition doivent perdurer car les besoins sont de plus en plus importants. Il nous faut parfois de nouveaux locaux, situés dans des lieux stratégiques, pour dédoubler des centres en suractivité. Nous avons également les soutiens financiers que les mairies et les conseils départementaux nous apportent, l'autorisation de nous arrêter dans les grandes agglomérations pour faire nos maraudes et installer nos camions qui délivrent des repas. Enfin, il est aussi nécessaire de nous aider à promouvoir le bénévolat sur tous les territoires car nous en avons besoin. Les pouvoirs publics doivent poursuivre l’aide qu’ils nous octroient dans la sacralisation de nos lieux d’activités. Il faut impérativement que ces différents soutiens perdurent et s’amplifient. La défense de nos valeurs est essentielle et nous souhaitons les transmettre aux nouvelles générations, dans la joie et la bonne humeur.

Quelles sont vos sollicitations sur le plan national ?

L’Etat doit se saisir à bras le corps de la problématique de la précarité à la racine, en matière d’éducation et d’aide aux familles pour pouvoir subvenir aux besoins des enfants. Les pouvoirs publics ont répondu au cours des crises successives pour partie à ce que nous attendions, mais il faut que cela continue et s'accentue. Il ne faut pas oublier que Les Restos du Cœur, à l’image de toutes les associations qui lui ressemblent, exercent quasiment une mission de service public. Notre travail consiste aussi à sensibiliser et à remonter les informations que nous remontons sur le terrain car les pouvoirs publics sont aussi les garants de la cohésion sociale. Dans une époque aussi troublée que la nôtre, le vivre ensemble est fondamental.

Cette année, les concerts des Enfoirés se déroulent à l’Accor Arena, à Paris. Quelles sont les spécificités de l’association départementale parisienne ?

3 400 bénévoles âgés de 16 à 85 ans œuvrent sans relâche dans nos 13 centres. Camions et maraudes fonctionnent tous les soirs de la semaine. Plus de 700 000 repas sont distribués dans la rue, chaque année. Nous accueillons 35 000 familles dont à peu près 3 000 bébés de moins de 3 ans dans nos centres de distribution. L’activité principale de cette antenne départementale est sans doute l’accompagnement des gens de la rue. Nos opérations de maraudes, des restos chauds sont fondamentales sur Paris. Outre l’association départementale, nous avons deux autres associations : La péniche du Cœur, qui accueille approximativement 70 hommes dans le cadre d’un hébergement d’urgence avec un accompagnement social, et Les tremplins du Cœur, une association de formation qui accompagne les personnes que nous accueillons sur un parcours de réinsertion. Depuis longtemps hélas, un repas ne suffit plus et l’insertion par le travail et le logement est très importante.

Les Restos du Cœur demeurent indissociables des Enfoirés. Peut-on rappeler ce que représente leur engagement indéfectible ?

Le rôle des Enfoirés est fondamental pour les Restos du Cœur, voire existentiel pour plusieurs raisons. Tout d’abord, leur spectacle est absolument unique à deux points de vue : il n’existe pas le même modèle dans le monde et il est unique dans la pérennité de cette action. Leur engagement est aussi essentiel sur le plan financier. L’an dernier, il nous a permis de financer 13 millions de repas. Nous avons généré un excédent de 13 millions au niveau des Enfoirés, ce qui est absolument colossal. En termes de recettes, ils représentent 5% de nos ressources financières. Enfin, il y a l’image Enfoirés qui permet de générer une chaîne de solidarité du bénévole à l’artiste qui s’engage en nous offrant beaucoup de temps car il y a le spectacle mais aussi et surtout, sa préparation. Nous parlons des artistes, mais aussi des équipes qui gravitent autour des concerts. Cet engagement remarquable constitue une chaîne de solidarité formidable. Quand on assiste au spectacle des Enfoirés, on a l’impression d’être dans une bulle de joie, un temps suspendu. Des artistes se rendent régulièrement dans des centres d’activités au moment des Enfoirés. Un « ancien » accueille un « nouveau » et ensemble, ils vont sur le terrain. Il y a deux ans, Patrick Fiori avait accompagné Santa. L’an dernier, Amel Bent avait fait de même avec Joseph Kamel et cette année, Zazie s’est rendue dans un centre parisien avec Helena. Ce sont toujours des moments intenses et marquants pour les artistes et les bénévoles.

 

Collecte nationale des 6,7 et 8 mars 2026

Les 6, 7 et 8 mars 2026, les Restos du Cœur organisent leur grande collecte partout en France. Une campagne vitale pour répondre aux besoins des plus démunis face à une précarité grandissante et assurer la continuité des activités de l’association. Les dons en nature représentent plus de la moitié des sources d’approvisionnement des Restos, aujourd’hui. L’année dernière, 8 100 tonnes de denrées alimentaires et produits d’hygiène ont été collectées en seulement trois jours par 98 000 bénévoles dans plus de 7 500 magasins.

Pour participer à la collecte : https://collecte.restosducoeur.org/

 

QUELQUES CHIFFRES CLÉS (2024 - 2025)

1,3 million de personnes accueillies, dont 110 000 bébés de 0 à 3 ans.

2 318 lieux d’accueil Restos du Cœur.

283 177 personnes accueillies sur les activités d’estime de soi.

2 334 personnes salariées en insertion, taux de sortie dynamique de 52 %.

161 millions de repas distribués.

78 000 bénévoles réguliers + 30 000 bénévoles ponctuels.

81 centres itinérants.

101 ateliers et chantiers d’insertion.

2,3 millions de contacts auprès des gens de la rue.

2 455 personnes logées ou hébergées dont 585 enfants.

7 671 personnes accompagnées dans leurs recherches d’emploi.

5 684 départs en vacances.

34 551 personnes accompagnées en accès aux droits.

773 espaces petite enfance.

883 espaces livres.

 

POUR AIDER LES RESTAURANTS DU COEUR

Rendez-vous sur www.restosducoeur.org

ou adressez vos dons par courrier à l’adresse suivante :

Les Restaurants du Cœur - Service Donateurs - 42 rue de Clichy - 75009 Paris