« J’avais envie de renouer avec les grandes sagas que j’adorais enfant »
Audrey Fleurot incarne Mercédès Herrera, une héroïne déterminée qui prend les rênes de sa vengeance. Dans cette adaptation du classique d’Alexandre Dumas, elle endosse également pour la première fois le rôle de productrice. Un nouveau défi qui a comblé la comédienne.
Pour La comtesse de Monte-Cristo, vous devenez coproductrice avec votre société Bahia Blanca. Quel a été le déclic ?
Mon implication dans le développement de chaque saison de HPI m’a donné confiance en moi. Ensuite, j’ai trouvé frustrant de ne plus participer aussi activement et d’intervenir uniquement comme comédienne, en bout de chaîne. J’avais envie d’être présente beaucoup plus en amont dans l’écriture, le choix du casting, la direction artistique... Tout m’intéresse dans le processus de création ! J’ai commencé ma carrière au théâtre et j’ai toujours eu ce goût pour l’esprit de troupe : j’aime réfléchir et trouver des solutions collectivement. En plus, quand vous interprétez un rôle principal, une responsabilité supplémentaire pèse sur vos épaules. Tout va pour le mieux si c’est un succès, mais dans le cas contraire, vous incarnez l’échec même si vous n’êtes qu’un élément dans le processus. Quitte à assumer cette responsabilité, autant pouvoir prendre des décisions et être en accord avec le projet !
Justement, comment ce projet est-il arrivé entre vos mains ?
Je venais de créer ma société de production avec Djibril quand TF1 nous a soumis l’idée de faire un comte de Monte-Cristo au féminin. J’ai été très flattée. En tant qu’actrice, on n’ose pas imaginer ce genre de rôle qui offre une palette de jeu très riche. Pour une première expérience en production, je n’ai vraiment pas choisi la facilité et l’ampleur de cette adaptation a occasionné une certaine inquiétude. Mais une telle opportunité ne se refuse pas ! Par ailleurs, ce projet m’a séduite car j’avais un attachement particulier à cette histoire. Plus jeune, j’ai beaucoup regardé l’adaptation avec Jacques Weber. J’ai grandi avec cette version qui passait tous les étés quand j’étais en vacances chez mes grands-parents. Je l’ai d’ailleurs revue pendant la préparation.
Aviez-vous lu le roman ?
Oui, avec Djibril, nous avons passé un été entier à relire le roman, mais aussi à l’écouter en audiobook durant tous nos trajets en voiture. Nos enfants n’en pouvaient plus ! Cette immersion nous a permis de nous remémorer de nombreux passages oubliés. Nous avons immédiatement compris qu’il était essentiel de trouver une justification à la féminisation du personnage. Je voulais que ce soit une porte d’entrée pour redécouvrir différemment le récit. Nous voulions mettre en avant des parties du roman qui n’avaient jamais été montrées, notamment celles qui se déroulent en Turquie et en Italie. S’est aussi rapidement posée la question du trésor. Dans le roman, Edmond devient une sorte de superhéros dont le superpouvoir est l’argent. Raconter cela aujourd’hui me paraissait compliqué. Rapidement, nous avons choisi de modifier la nature de ce trésor. Cette réflexion nous a demandé du temps au cours du développement mais nous a permis de nous sentir pleinement légitimes pour raconter notre histoire : fidèles à Alexandre Dumas, nous mettions l’accent sur d’autres aspects.
Craigniez-vous la comparaison avec le personnage d’Edmond ?
Bien sûr ! Mais j’avais envie de sortir de la noirceur liée au personnage. Je voulais une héroïne moins sombre et monolithique qui me ressemble davantage : plus colorée et optimiste. Le roman a une dimension proche des Contes des mille et une nuits que nous avons choisi d’accentuer. Cela nous a permis de créer une version plus lumineuse, en nous libérant du réalisme tout en restant dans la vraisemblance. J’avais aussi envie de renouer avec les grandes sagas que j’adorais enfant. J’étais notamment fan d’Angélique, marquise des anges que j’ai vu très souvent. C’était l’une de mes références pour ce tournage, même si notre héroïne est bien plus moderne et prend son destin en main. La comtesse de Monte-Cristo emprunte également à l’esprit des films de cape et d’épée, même s’il n’y a pas de scènes de combat. C’est un mélange de différents genres que j’apprécie et que nous avons rendu plus actuels.
Comment décririez-vous Mercédès ?
Mercédès est avant tout une femme révoltée par l’injustice qui refuse de baisser les bras. Lorsque l’amour de sa vie est emprisonné, elle est convaincue de son innocence et prête à tout pour le sauver. Suite à son échec et après des années passées en prison, elle décide de se venger de ceux qui ont ruiné sa vie. Héroïne obstinée et impulsive, elle a quelque chose de très politique, voire un peu anarchiste. Elle sait que sa parole n’a aucun poids dans la société mais elle ne se résigne jamais. On ne mesure pas toujours le courage dont on est capable avant d’être confronté à une situation extrême. C’est ce qui arrive à Mercédès. C’est aussi un personnage très transgressif qui n’hésite pas à contourner les codes de la société. Elle imagine notamment des costumes en fonction des personnages qu’elle veut incarner, en se servant d’attributs plutôt masculins. Sa façon de s’habiller évoque l’époque tout en s’en affranchissant. La nature même du personnage nous a permis de ne pas systématiser le corset, mais j’ai eu le plaisir de porter une robe complètement folle de Julien Fournié, un créateur qui m’a gentiment fabriqué une tenue. Tous les matins, je portais un costume différent et j’évoluais dans de magnifiques décors. Mercédès m’a permis de jouer plein de personnages en un... C’était vraiment génial !
Entre les scènes à cheval ou en bateau, vous avez aussi multiplié les expériences !
Oui. J’avais déjà fait du cheval plus jeune mais je n’avais pas vraiment de pratique équestre. Je m’y suis remise avec plaisir. Le tournage sur un bateau était en revanche une première ! J’ai découvert toutes les contraintes qui y sont liées, notamment en matière de lumière, mais c’était une expérience formidable. Je me souviens aussi d’une scène qui a nécessité la pratique du shibari, un art traditionnel japonais. Nous nous sommes beaucoup documentés car il a fallu trouver des solutions visuelles à un art très lent. Le tournage s’est avéré complexe mais assez drôle.
Vous êtes-vous sentie à l’aise dans votre nouvelle fonction de productrice ?
J’ai eu l’impression de plonger directement dans le grand bain ! C’était à la fois formateur et passionnant. J’ai découvert le fonctionnement des financements, et beaucoup d’aspects auxquels je ne m’attendais pas. Tous les jours, il y avait des surprises... et elles étaient souvent mauvaises ! Heureusement, quand le tournage a commencé, Djibril a pris en charge une grande partie de ce stress car j’avais peu d’espace mental pour y faire face. Il a la particularité de tout storyboarder, ce qui nous a permis d’optimiser le tournage, aussi bien en termes de délais que des moyens financiers. Je suis très fière du résultat. Et notamment très satisfaite du casting dans lequel je me suis beaucoup investie. Il compte des comédiens que j’avais très envie de retrouver comme Thierry Godard - avec lequel j’avais fait le Village français et Engrenages sans partager quasiment aucune scène -, Zabou Breitman, Kad Merad ou Olivia Côte, mais aussi Eric Elmosnino que j’aime beaucoup. Nous avons également découvert de nouveaux talents pour les rôles plus jeunes.
Quel sentiment a prédominé à la fin de cette aventure ?
Avec 4 ans de développement et 6 mois de tournage, La comtesse de Monte-Cristo a représenté un pan entier de ma vie. C’était un tournage très fatigant, avec une amplitude horaire folle, mais voir son « bébé » se construire au fur et à mesure est une expérience géniale. Le clap de fin a donc forcément été très émouvant. Il a fallu faire une sorte de petit deuil qui n’a pas été évident. Mais je suis rapidement repartie sur une nouvelle aventure totalement différente. Je n’ai pas vraiment eu le temps de réfléchir puisque, très peu de temps après, j’escaladais le Piton de la Fournaise. C’était parfait, ça m’a épargné une petite dépressio