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Il était une fois... une comtesse

La comtesse de Monte-Cristo - Présentation de la série
Publié par
Binoist
Aurélie
le 26/10/2026

Une proposition inattendue
Revisiter le classique d’Alexandre Dumas avec pour héros un personnage féminin, c’est le pari un peu fou proposé par TF1 à Anthony Lancret, Pierre Laugier et Lola Manai, producteurs chez Itinéraire Productions, déjà à l’origine du succès phénoménal de la série HPI. « Nous entretenons une relation privilégiée avec la chaine depuis de nombreuses années et nous sommes habituellement à l’initiative des projets. Mais cette fois, c’est TF1 qui nous a challengés, s’amuse Anthony Lancret. Nous venions justement de créer une société en association avec Audrey Fleurot et Djibril Glissant, Bahia Blanca, avec l’idée de développer des projets ambitieux dans lesquels Audrey serait impliquée très en amont. L’éclectisme est primordial pour nous. Après le polar mainstream, la reconstitution de True Crime ou la série fantastique, nous atteler à un film en costume romanesque nous intéressait. Et Le comte de Monte Cristo est mon livre préféré. J’ai vu l’adaptation de Josée Dayan au moins 20 fois ! » La proposition trouve aussi rapidement écho chez Djibril Glissant. « Cette commande précède l’existence du long métrage avec Pierre Niney, même si l’idée de grandes fictions adaptées de la littérature française classique était dans l’air du temps. Il ne s’agissait pas, à l’époque, de surfer sur le succès du film, mais plutôt de trouver un rôle épique pour Audrey après Le Bazar de la Charité et Les Combattantes. Je connaissais le roman uniquement à travers ses adaptations. A la lecture, j’ai découvert un texte particulier et sinueux. Alexandre Dumas étant payé à la page, il partait dans de grandes digressions, ce qui offrait de nombreuses possibilités d’adaptation. Le renversement féminin allait aussi forcément nous amener sur de nouvelles pistes ! » 

Rencontre avec une passionnée
Mais l’adaptation d’un tel monument de la littérature française soulevait de multiples interrogations. Hors de question de partir sur une base classique, déjà vue sur petit et grand écran. L’ambition affirmée dès le début est de raconter une histoire inédite. « Nous nous sommes beaucoup interrogés avec Djibril Glissant et Audrey Fleurot sur la manière d’adapter intelligemment cette œuvre. L’idée de travailler sur une version féminine nous a séduits, mais encore fallait-il trouver une justification profonde à cette histoire et savoir quel personnage féminiser » se rappelle Pierre Laugier. Djibril Glissant se met alors en quête de l’auteur idéal et présente Gaia Guasti, grande amoureuse d’Alexandre Dumas, à ses coproducteurs. « Je suis Italienne mais j’adore Dumas depuis mon plus jeune âge. Il a été fondamental dans mon intérêt pour le genre romanesque. Après avoir lu Les 3 mousquetaires et 20 ans après en italien, j’avais décidé de commencer Le vicomte de Bragelonne seulement en français. Dumas a été un réel moteur dans mon apprentissage de cette langue et m’a donné envie de m’installer en France. Alors, quand Djibril Glissant m’a contactée, j’ai naturellement été intriguée, même si j’ai pensé aux écueils relatifs à cette adaptation ».

Adieu Edmond. Bonjour Mercédès !
Lorsqu’il se rapproche de Gaia Guasti, Djibril Glissant a déjà écrit un texte d’une trentaine de pages pour poser les bases de l’histoire. Avec notamment le choix de s’intéresser à un personnage en particulier : Mercédès Herrera. « Nous n’avons pas simplement transformé le comte de Monte Cristo en femme, nous avons décidé de mettre en avant un personnage existant dans le roman, sa fiancée. Ensuite, Gaia et son pôle d’auteurs ont construit l’histoire en partant constamment de son point de vue. Mercédès s’approprie la vengeance d’Edmond à sa manière. » Une décision qui séduit d’emblée du côté d’Itinéraire productions. « Dans le roman, comme dans ses adaptations, les femmes sont souvent invisibilisées, précise Lola Manaï. Nous avons immédiatement trouvé la proposition originale car notre Mercédès est à l’opposé d’Edmond : il est aussi renfermé et timide qu’elle est solaire et aventurière. A l’origine, Mercédès est une catalane qui vit à Marseille. Nous avons projeté des fantasmes de ce qu’elle pouvait devenir en perdant l’amour de sa vie, ce qui a complètement transformé l’histoire. Là où le récit de Dumas est noir et sombre, avec un personnage enfermé dans son obsession de vengeance, Mercédès est tiraillée entre ses instincts de vie et de mort, apportant une nouvelle couleur à la proposition. On a emmené l’histoire vers un genre différent, à savoir un grand récit d’aventure, avec une dimension amoureuse.» 

Une femme singulière
Dans La comtesse de Monte-Cristo, Mercédès est une femme forte, inventive et en avance sur son temps, qui a la capacité incroyable de puiser en elle pour s’adapter et trouver des solutions à toutes les situations. « Djibril voulait qu’elle utilise dans son parcours les avancées technologiques de son époque, comme l’apparition de la photo ou du vélo, le télégraphe... C’est grâce à cela qu’elle se réinvente. Et elle n’hésite pas à rompre les codes », détaille Gaia Guasti. Un trait de caractère que le réalisateur a souhaité accentuer à l’image grâce à ses vêtements avec la collaboration de la créatrice des costumes, Marie Frémont, déjà à l’œuvre sur des séries comme Versailles et Marie-Antoinette. « Les costumes des personnages secondaires et de la figuration sont ancrés dans leur époque mais j’ai apporté beaucoup de fantaisie et de décalage à ceux de la comtesse. Les traiter sous deux angles opposés était très intéressant. Quand Mercédès apparait, tout le monde la remarque. Je me souviens par exemple d’un peignoir avec une grande broderie spectaculaire. Je n’avais jamais pu mettre un vêtement aussi fort sur un personnage ! Et Mercédès se moque des conventions. Dans le scénario, elle trouvait une vieille robe dans un placard. J’ai proposé qu’elle découvre plutôt un ancien habit d’homme du 18e siècle que Bertuccio transformerait en tenue féminine. Ce basculement me semblait intéressant pour cette femme libre. » 

Et des personnages secondaires étoffés
L’adaptation apporte également plus d’épaisseur aux personnages secondaires. « Dans le roman, ils sont assez passifs et s’apparentent souvent à des marionnettes qui se font entièrement manipuler par Edmond. Dans notre histoire, les personnages secondaires sont plus denses, avec plus d’aspérités », explique Lola Manaï. Parmi eux, un antagoniste prend de l’ampleur sous les traits, une nouvelle fois, d’une femme : l’épouse du procureur, Héloïse de Villefort, interprétée par Zabou Breitman. Avec l’idée de créer une hiérarchie parmi les ennemis de l’héroïne. « Héloïse va avoir un rôle prépondérant : elle perce à jour le projet de Mercédès et s’y oppose de manière très active. » Pour donner vie à ces personnages, un soin particulier a été apporté au choix des comédiens, fruit de grandes discussions entre la production et TF1. « Nous voulions un casting qui ait du caractère autour d’Audrey Fleurot. L’une des plus grandes forces de cette série est le jeu des acteurs. La distribution est fabuleuse et nous en sommes très fiers», se félicite Pierre Laugier.

Au-delà de la vengeance
La vengeance, thème central de l’œuvre originale, reste l’une des pierres angulaires de La comtesse de Monte-Cristo. Mais son traitement évolue profondément. « A titre personnel, la vengeance n’est pas mon thème favori car je trouve que ce sentiment nécessite de déployer beaucoup d’énergie pour une issue stérile, confie Djibril Glissant. Mais dans notre histoire, Mercédès est enceinte lorsqu’elle est emprisonnée. Le sort de son enfant devient aussi important que son désir de revanche. Elle est tiraillée entre sa vengeance, sans laquelle elle ne serait pas en vie, et son envie de se projeter vers plus de lumière en se libérant de cette pulsion destructrice. Cette dualité a été un vrai moteur dans l’écriture. Je voulais raconter une histoire où des pulsions négatives pourraient faire naitre de belles choses. » Quant à la mise en œuvre de cette vengeance, elle diffère aussi radicalement de l’œuvre originale. Si dans le roman, Edmond parvient à ses fins grâce à sa fortune, ce ne sera pas le cas pour Mercédès. « Nous n’étions pas convaincus par l’idée que l’argent résolve tous les problèmes, se souvient Gaia Guasti. Nous avons cherché une astuce pour que Mercédès se venge grâce à son intelligence et ses capacités, changeant radicalement la nature du personnage principal. Et on s’est laissé la possibilité de tout inventer ! J’adore l’écriture d’Alexandre Dumas parce qu’il se permet une grande liberté d’un point de vue narratif. Il fait des digressions incroyables, crée des coïncidences improbables... Cette dynamique ouvre la porte à de nombreuses possibilités et je n’ai jamais eu l’impression de le trahir. » 

Le voyage au cœur du récit
Faire de La comtesse de Monte-Cristo une véritable odyssée plutôt qu’un simple récit de vengeance s’est rapidement imposé pour Djibril Glissant et les auteurs. Ils se sont laissé guider par le texte original, notamment par le récit de l’abbé Faria sur l’origine de son trésor, perçu comme un voyage à part entière. Avec un objectif affiché : raconter une grande aventure romanesque, loin des adaptations classiques dans lesquelles la revanche se joue essentiellement à Paris après l’emprisonnement d’Edmond. « La dimension du voyage nous a tout de suite intéressés parce qu’il représente pour nous le ferment du récit d’aventures, où le trajet, le déplacement, est au cœur de l’histoire. Nous avons également voulu concevoir ce récit comme un conte. Au fur et à mesure de l’écriture, nous nous sommes aperçus que chaque épisode avait un cadre particulier et une identité propre. Nous avons accentué cette spécificité et travaillé sur des univers différents, des lieux mais aussi des ambiances... » Un épisode prend ainsi place en Italie, un autre en Turquie, une partie totalement ellipsée dans le roman. « Nous voulions que la série soit l’occasion d’un spectacle qui parte dans toutes les directions en cherchant constamment des idées de nature différente : costumes, situations, décors, rythmes... pour apporter une dimension rythmée à notre adaptation et organiser une fête généreuse et protéiforme. » Cette succession d’univers se traduit également par une évolution dans le ton de la série. « Il y a des épisodes assez sombres, d’autres plus joyeux, se réjouit Gaia Guasti. Nous avons notamment décidé d’ajouter une approche de comédie romantique avec des moments de légèreté qui n’existent pas dans le texte de Dumas. Le personnage de Bertuccio, transformé en bon vivant fantasque, contribue largement à cette tendance en apportant un contre point à celui de Mercédès. Il la distrait et lui permet de se laisser aller à plus de légèreté. »

Des parti pris visuels 
Du côté de la réalisation, Djibril Glissant a puisé dans des influences variées, citant entre autres le Dracula de Coppola pour le souffle romanesque, mais aussi les contre-jours exagérés et significatifs de la collaboration entre Kaminski et Spielberg, ou plus récemment la série de science-fiction Foundation. « Les cadres et le traitement de la couleur de cette série m’ont beaucoup marqué. Le principe étant que pour retranscrire une image colorée, il fallait justement enlever de la couleur afin d’accentuer celles qui restaient. Nous avons donc voulu « éteindre » les fonds, avec des décors assez monochromes, tout en privilégiant des couleurs très franches pour les costumes. » Un parti pris pictural qui s’est construit en collaboration étroite avec le chef opérateur, le chef décorateur et, évidemment, la cheffe costumière. « Djibril voulait que la couleur de la série vienne des personnages avec des décors plus descendus en gamme pour permettre aux costumes d’exploser. Ce genre d’a priori peut faire peur aux réalisateurs. Personnellement, j’ai adoré ! Il s’est particulièrement révélé sur le personnage de la comtesse. J’ai choisi des rouges et des verts très marqués, du bleu profond... Audrey Fleurot n’avait aucune barrière ce qui n’est pas le cas de toutes les actrices. C’était génial car chaque costume a quasiment une couleur forte différente. » Pour les séquences de prison dans le château d’If, a priori plus sombres, Marie Frémont a par exemple eu l’idée d’utiliser les codes de certains bagnes, comme celui de Toulon, où les prisonniers étaient en rouge - au lieu du gris traditionnel - pour que Mercédès se détache de la pierre. « Et nous avons eu la chance d’avoir de la neige pour certaines séquences pendant le tournage. Certes, il a fait très froid, mais les couleurs fortes se détachaient magnifiquement sur ce fond blanc ! »

Une préparation exigeante
Pour respecter le rythme soutenu de ce tournage - à savoir 5 mn utiles par jour - tout a été pensé en amont avec une précision redoutable. « Il y a des spécificités dues à l’époque, sans parler des scènes avec des chevaux, des bateaux ou un grand nombre de figurants, explique Djibril Glissant. Il faut trouver des systèmes et la vraie solution réside dans la préparation ! » Le réalisateur a notamment accordé une attention particulière aux storyboards en amont du tournage. Après avoir adapté une première version à partir des repérages, il les a affinés jusqu’aux derniers jours : « A la fin, j’ai utilisé l’IA pour adapter les dessins des storyboards aux photos que j’avais prises des vrais décors. Ainsi, j’arrivais sur le plateau en sachant exactement ce que j’allais faire avec le chef opérateur. Cela nous a permis de préparer à l’avance tous les moyens techniques (grue, travelling, lumières...) pour optimiser le travail sur le tournage et me libérer du temps avec les comédiens sur le plateau. » Une méthode saluée par Anthony Lancret : « Djibril a une réelle appétence pour les nouvelles technologies. Elles lui ont permis de relever plusieurs défis complexes. Partenaire de jeu depuis le début d’HPI, il fait preuve d’une capacité de travail impressionnante et prépare chaque séquence avec une grande minutie. » Impliqué à toutes les étapes, Djibril Glissant a trouvé en Leonardo d’Antoni un coréalisateur complice. Ils se sont notamment réparti les séquences en fonction des lieux, dans une logique de décor qui correspondait aussi à une logique d’épisode. « Leonardo a tourné les séquences autour de la Méditerranée (Marseille, l’Italie, la Turquie) à Malte et moi celles de Paris à Prague. Mais nous nous sommes retrouvés au début du tournage à Malte pour définir ensemble le langage filmique très varié de la série. Nous ne voulions pas de principe unique, mais plutôt différents outils afin d’épouser la variété des situations. Au final il n’y a pas deux styles, mais huit : un par épisode. »

Des challenges à relever
Si cette préparation millimétrée a permis d’anticiper de nombreux aspects, elle n’a pas totalement empêché les défis de certaines scènes, notamment celles rassemblant de nombreux décors et figurants. A l’image d’une séquence d’incendie particulièrement complexe. « Il s’agissait d’un tableau très sophistiqué composé d’une dizaine de décors différents avec des scènes parallèles qui suivaient le point de vue de plusieurs personnages. Le feu se déclarait dans une grande demeure reconstituée en studio et 80 figurants en sortaient. Ils devaient ensuite réapparaître dans le même ordre dans les plans suivants, tournés en extérieur des décors réels. C’était un vrai casse-tête ! D’autant que ce genre de scènes nécessite beaucoup de matière pour apporter du rythme. Nous tournions à deux équipes avec une préparation au millimètre pour réaliser 40 plans par jour. » Pierre Laugier évoque également d’autres moments particulièrement intenses. « Dans le milieu de la production, on dit souvent qu’il ne faut ni enfants ni animaux pour éviter de compliquer un tournage... et j’ajouterais pas de bateau ! Entre les contraintes de mouvement, de météo, de sécurité... difficile de tout maitriser et on peut perdre un temps précieux. » Une scène de course rassemblant 20 chevaux, 200 figurants, des cascadeurs, beaucoup de comédiens et une météo incertaine, a également donné des sueurs froides à Anthony Lancret. « Il faut une espèce d’alignement un peu miraculeux des planètes pour mener à bien ce genre de scène. Nous avions la chance de pouvoir compter sur des équipes chevronnées pour gérer les imprévus... mais il y en a toujours ! Pourtant, avec une bonne communication et une grande concentration de tous, on finit par y arriver. Ces défis constants de production, qu’ils soient logistiques ou économiques, sont excitants. C’est aussi ce qu’on aime dans ce genre de projet. Et au final, j’ai le sentiment que le pari est pleinement réussi ! »