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« J’ai beaucoup aimé la série ! »

Syndrome E - Interview de Franck Thilliez
Publié par le 06/09/2022
Franck Thilliez Syndrome E

« Syndrome E » est la première adaptation pour la télévision d’un des romans de Franck Thilliez. L’auteur à succès revient sur l’origine de ce projet et nous donne ses impressions à l’approche de la diffusion de cette série en 6 épisodes réalisée par Laure de Butler.

Comment ce projet est-il né ?
Un studio américain avait acheté les droits de Syndrome E mais il ne s’en est pas servi et les droits sont finalement revenus en France après 4 ans. Sophie Révil, productrice chez Escazal Films, a saisi l’occasion car elle avait adoré l’univers et les personnages du roman. Elle était tellement enthousiaste et volontaire que j’ai été séduit. Elle voulait vraiment que je sois impliqué dans le développement. J’ai donc écrit des documents d’adaptation mais quelque chose ne fonctionnait pas. Un roman se construit très différemment d’une série et j’avais du mal à prendre de la distance avec mon livre. D’un commun accord, nous avons cherché une autre solution. Elle m’a alors présenté Mathieu Missoffe et nous nous sommes tout de suite entendus. Je connaissais son univers ; j’y ai vu des points communs avec le mien. Une fois qu’il a pris les rênes du projet, je suis resté en retrait pour le laisser travailler. Après qu’il a écrit les scénarios, j’ai relu l’ensemble, mais plus à titre consultatif et amical, car la productrice voulait que l’univers et les personnages du roman soient respectés. Mon regard lui importait et elle était ravie d’entendre que je m’y étais retrouvé. Tout s’est fait dans la confiance dès le début.

Qu’avez-vous apprécié dans cette adaptation ?
Mathieu Missoffe a décortiqué les livres et a réussi à apporter un point de vue différent et de nouvelles solutions. Il a notamment eu la très bonne idée d’impliquer personnellement Lucie Henebelle dans l’enquête. Ce n’était pas le cas dans mon roman mais cela fait une vraie différence car ça apporte beaucoup d’empathie pour le personnage. Il a également disséminé, avec un dosage très réussi, de l’humour dans les épisodes. J’ai écrit Syndrome E en 2010. A l’époque, je pensais qu’il ne fallait jamais relâcher la tension. Mais avec l’expérience, j’ai appris qu’il était important d’avoir des touches de respiration au milieu de la noirceur. Aujourd’hui, j’essaye d’en ajouter dans mes livres car cela fait partie de la courbe émotionnelle que doit avoir un roman policier.

L’idée de faire une série était-elle un prérequis ?
Sophie Révil y tenait vraiment car il y avait beaucoup de matière dans le livre. La série se prête mieux à l’adaptation de romans complexes. Dans un film, on privilégie l’histoire. Là, on peut prendre du temps avec les personnages. Or, les développer était extrêmement important, avec la perspective, pourquoi pas, de les faire revenir dans une autre histoire.

Etait-ce difficile de laisser « s’échapper » vos personnages et votre histoire ?
L’important pour moi est de garder l’idée globale du livre. J’ai travaillé à l’adaptation d’un roman américain, La mort et la belle vie, qui est devenu le premier épisode de la collection des Alex Hugo. J’avais aussi écrit quelques unitaires pour la télévision. Je connais donc le monde de l’audiovisuel et je sais qu’il est obligatoire de s’éloigner du livre originel. Je suis donc très tolérant. J’aime avant tout raconter des histoires. Mon moyen pour les faire exister est l’écriture. Dans une série, mon histoire se manifeste par le biais de l’image. Quel que soit le mode d’expression, j’en suis heureux. Après évidemment, c’est mieux quand c’est réussi !

Vos lecteurs reconnaitront-ils votre roman ?
Faire une adaptation est toujours délicat, d’autant que Syndrome E met en scène des personnages importants pour moi et mes lecteurs. Ils sont très exigeants par rapport à ce qu’ils imaginent mais je suis confiant. Certains ont vu les deux premiers épisodes lors du festival Séries Mania et leurs retours ont été vraiment positifs. Ce qui compte pour eux, c’est la présence des personnages, leur trajectoire. Or le casting est réussi. Et s’il y a quelques différences, l’histoire reste globalement la même.

Que pensez-vous du choix des comédiens qui incarnent vos héros ?
La plupart du temps, je n’imagine pas de physique particulier quand j’écris mes personnages. J’ai une image mentale d’un caractère, d’une allure. Pour moi, Sharko avait une silhouette massive, il était abîmé par la vie. Quand j’ai su que Vincent Elbaz allait l’incarner, je suis allé voir des photos de lui sur internet. J’avais en tête une image ancienne, celle de La vérité si je mens. Ensuite, je me suis rendu sur le tournage. Cette visite a été un moment très émouvant pour moi. Quand j’ai vu Vincent Elbaz dans la peau de Sharko, j’ai tout de suite trouvé que ça fonctionnait bien. Jennifer Decker aussi correspond au personnage. Ils forment un beau couple. Plus globalement, le groupe de flics dans son ensemble est cohérent. Ce ne sont pas juste des héros qui mènent une enquête, ils ont tous une place. Il me semblait également important de rencontrer la réalisatrice, Laure de Butler, car elle a contribué à respecter l’univers du livre.

Etes-vous satisfait du résultat ?
En tant qu’auteur, j’ai beaucoup aimé la série ! Visuellement, elle est très belle ; l’enquête est prenante et les personnages sont forts. J’adore les séries policières et j’en cherche toujours de nouvelles à regarder. Celle-ci aurait pu en faire partie. Si j’étais très heureux qu’elle soit diffusée sur TF1, je craignais un peu qu’elle soit lissée par rapport au livre. Mais elle a gardé un bon degré de noirceur. Il y a maintenant à la télévision des séries que l’on n’aurait pas osé faire il y a 10 ans. J’en suis très heureux. A présent, j’espère que le public sera au rendez-vous parce que beaucoup d’autres livres attendent d’être portés à l’écran !