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Mon ange - Interview Muriel Robin

Mon ange - Interview Muriel Robin

publié par Karelle Bourgueil le 14/12/2021
«J’ai envie de la défendre au nom de toutes les femmes»
Suzanne Brunet recherche sans relâche sa fille disparue depuis huit ans. Quand elle aperçoit une photo d’elle à la une d’un vieux journal, elle décide de se rendre dans le village où le cliché a été pris et de découvrir la vérité envers et contre tous. Muriel Robin se glisse dans la peau de cette femme mue par une quête de vérité.
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Trois ans après «Jacqueline Sauvage : c’était lui ou moi», vous reprenez les traits d’une femme abîmée par la vie. Qu’est-ce qui vous a séduite dans ce projet ?
Je fonctionne beaucoup à l’instinct. J’ai été séduite par la solitude de ce personnage, ses silences et son besoin de vérité dans le huis clos d’un village. J’ai été touchée par la force qui se dégage de cette histoire. J’ai toujours dans l’idée qu’un film ou une série soit utile. Si ce film peut donner de l’espoir à des femmes qui en ont besoin, c’est une motivation supplémentaire. Et oui, il s’agit encore d’une femme un peu « brut de pomme » ! Il faut que je pense à interpréter prochainement un personnage plus féminin, mieux coiffé et maquillé. En résumé, un peu à mon avantage physiquement ! Car même si les sujets durs m’attirent, je ne serais pas contre un peu plus de légèreté.

Suzanne Brunet mène un combat pour retrouver sa fille disparue. Qu’est-ce qui l’anime après tant d’années ? 
Même si je n’ai pas d’enfants, j’imagine aisément qu’être confrontée à une disparition, sans avoir de réponses, est le pire qui puisse se passer car il est impossible de faire son deuil. Suzanne se maintient debout grâce à cette quête et organise son quotidien en fonction. Infirmière à domicile, elle fait du bien aux autres à travers son métier. J’ai une admiration sans bornes pour les femmes quand je les vois à la fois élever leurs enfants, travailler, être sexy, intelligentes et avoir, en plus, pour certaines, des combats à mener. Cette détermination incroyable leur donne de la force…même quand elles n’en ont plus ! Suzanne est poussée à coups de pied du bistrot mais elle reste. Sa persévérance, son courage et sa solitude sont admirables. J'ai envie de la défendre au nom de toutes les femmes.

Pourquoi est-elle persuadée que tout le monde lui ment ?
Son instinct lui dicte que sa fille n’est pas morte et elle a également quelques preuves matérielles, comme une photo récente d’elle. Si sa fille est en vie, cela veut bien dire qu’il y a des secrets dans ce village. Elle jette un pavé dans la mare, crée du remous et sent qu’elle n’est pas la bienvenue. Mais après tout, n’y a-t-il pas des non-dits dans tout village, dans tout immeuble ? Dire, c’est s’exposer. Alors beaucoup choisissent de se taire.

Quelles sont ses relations avec Gabrielle Varan, la capitaine de police qui reprend l’enquête ?
Elle ne lui plaît pas car elle la trouve trop lente à son goût. Suzanne a toujours une longueur d’avance sur elle. Ce sentiment négatif est réciproque. Gabrielle se demande de quoi Suzanne se mêle et voudrait qu’elle la laisse faire son boulot de flic. Mais au fil de l’histoire, leur relation évolue...

Suzanne est seule mais malgré tout accompagnée de sa chienne. Que lui apporte-t-elle ?
J’ai beaucoup aimé cet aspect du personnage. Suzanne n’évoque pas particulièrement la sympathie. Fermée, tendue, elle a des sacs de larmes qu’elle n’a peut-être jamais lâchés. Mais son affection pour sa chienne montre que son cœur fonctionne encore. La relation avec cet animal est ce dont elle a besoin car elle ne veut plus parler. Un simple regard ou poser une main sur elle lui procure un peu de chaleur. C’est tout ce qu’il lui reste de doux et de rassurant dans sa vie.

Le tournage s’est déroulé en Haute-Loire dans des paysages qui vous sont familiers…
Adolescente, je suis allée à deux reprises en colonie dans la région. J’y ai découvert à quel point la nature pouvait être belle et ce qu’elle pouvait m’apporter. A partir de ce moment-là, j’ai collé des photos d’arbres sur mes classeurs de classe pendant que les autres mettaient des acteurs ou des actrices. La nature est restée très importante dans ma vie donc j’étais très heureuse de retrouver ces paysages qui collent parfaitement à l’histoire et au côté western du film.

Vous partagez de nombreuses scènes avec Marilou Berry. La connaissiez-vous ?
La première fois que l’on s’était vues, c’était dans une maison en Provence quand elle avait 12 ans. Nous avions tous trouvé cette gamine touchante, chouette, intelligente. De son côté, elle se souvenait avoir passé de bons moments et cela lui avait donné envie de me revoir. C’était notre seul souvenir en commun. On s’est vraiment découvertes sur le tournage. C’est une très bonne comédienne. J’ai pu le vérifier sur le terrain. Elle a une intensité et une humanité - un mot que l’on emploie très peu chez les actrices -, qui me touchent beaucoup. Elle dégage une grande force et en même temps quelque chose de très doux.

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Vous êtes également entourée de Patrick Chesnais…
Je ne l’avais jamais croisé et j’ai découvert un homme charmant, élégant, très bon acteur. Des qualités qui m’ont tout de suite mise à l’aise. J’ai eu beaucoup de plaisir à jouer avec lui. J’ai également apprécié tourner avec Alexandra Vandernoot que je ne connaissais pas. C’est une très bonne comédienne. La jeune Romane Jolly, qui interprète ma fille et que l’on a vue récemment dans Fugueuse, a elle aussi beaucoup de talent.

Gardez-vous à l’esprit une scène en particulier ?
Toujours sur le sujet de la vérité qui dérange, j’ai particulièrement été marquée par la scène où Suzanne, qui vient de replonger dans l’alcool, se fait jeter dehors comme un cowboy que l’on sortirait d’un saloon. Cette séquence montre l’ampleur de sa solitude et de sa détresse et tout ce dont les gens sont capables de faire par peur de la vérité. Elle compte beaucoup pour moi car je m’y suis défait très sérieusement une épaule, avec à la clé des séances de kiné chaque semaine. Je n’ai pas pu toucher une raquette de tennis depuis deux mois et j’en ai encore probablement pour un an. Je pense donc à Suzanne tous les jours !

«Mon ange» a reçu le prix de la meilleure série au Festival de la fiction de la Rochelle 2021. Que vous inspire cette récompense ?
C’est formidable pour toute l’équipe. Tous ceux qui ont participé au film, du preneur de son aux actrices principales, sont félicités et récompensés. Chacun en prend un petit bout. Ça fait plaisir. Ce genre de récompense peut même conforter certains s’ils sont en période de doute ou leur donner le petit coup de boost dont ils ont besoin.