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Munch saison 4 - Interview d'Hippolyte Girardot

Munch saison 4 - Interview d'Hippolyte Girardot

publié par Vanessa Vincent le 28/09/2021
«Un personnage qui dévisse et nous fait rire»
Dans la famille «Munch», je demande maître Mathieu Scheffer, un personnage aussi truculent que fantasque, surgi du passé de l’avocate. Un rôle sur mesure pour Hippolyte Girardot, un artiste pluridisciplinaire qui forme un duo détonant avec Isabelle Nanty. Rencontre.
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Pourquoi avoir dit «oui» à «Munch» ?
J’ai été contacté peu de temps avant le début du tournage, je devais lire vite et prendre ma décision aussi rapidement. A peine avais-je lu sa première apparition que je voulais être ce Mathieu Scheffer. Puis, j’ai participé à une lecture avec Isabelle Nanty et le réalisateur Nicolas Guicheteau. Dans la minute qui a suivi, nous avons commencé à rire et à improviser avec Isabelle. Notre sens de l’humour, le fait de s’être croisés il y a longtemps sur un téléfilm en 1985 et une admiration sincère et mutuelle ont fait que ce que vous voyez à l’écran est un plaisir non feint d’être ensemble à jouer la comédie. La preuve en est que sans se forcer, nous trouvions facilement sur le tournage de quoi alimenter notre relation et ses quiproquos.

N’est-ce pas le rôle que vous cherchiez depuis longtemps ?
Je ne le savais pas avant de le jouer, mais c’est vrai que j’ai senti à chaque fois de la joie à être ce Scheffer, d’autant que la période du tournage n’était pas la plus ensoleillée de ma vie. J’ai mis dans cet avocat au costume trop large l’humour du loser, le panache de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Il appartient à la tradition des screwball comedies, qui ont fait les beaux jours du cinéma américain à partir des années 30, jusqu’au début de la guerre. En argot, on dit d’un type qu’il est «screwball» quand il a un comportement excentrique. Il «dévisse» littéralement. C’était, toute modestie mise à part, notre désir : être loufoque mais crédible, parfois burlesque mais jamais clown, avec des dialogues vifs, mais des sentiments sincères. Ces deux personnages se sont beaucoup aimés. Trente ans plus tard, ils continuent à s’adorer et à se détester en même temps… Il y a un ping-pong verbal savoureux entre ces deux avocats. Grâce à Munch, j’ai retrouvé le même plaisir que j’avais eu à tourner dans Un monde sans pitié en 1988, même si nous étions à l’époque dans un cinéma d’auteurs expérimental.

Qui se cache derrière votre personnage ?
Un homme tombé du train ! Flambeur sur les bords, il adore la vie, s’amuser, baratiner… Sa générosité lui a sûrement fait manquer de clairvoyance concernant sa vie personnelle et professionnelle. S’il a un peu tout fichu en l’air, c’est beaucoup plus par négligence que par arrogance. Fantasque, il s’agite dans tous les sens comme un éternel adolescent qu’il n’est plus… Tous ces contrastes rendent ce personnage attachant car avouons-le, il est un peu pathétique. On ne peut lui en vouloir car au final, il réussit à désamorcer des situations complexes en jouant de son charme, de son humour et de son innocence feinte… Charismatique, Mathieu ne laisse personne indifférent. Par ailleurs, il adore travailler en équipe et celle de Munch le comble. Il me ressemble totalement sur ce plan-là.

Comment avez-vous été accueilli sur le tournage ?
Dès la lecture, j’ai senti qu’ils m’acceptaient. Mon café m’a été servi chaud, par exemple. C’est un détail, mais il compte. Si Isabelle donne le «la», elle est entourée d’une troupe fantastique, tant sur le plan humain que professionnel. Nous nous sommes tous entendus à merveille, ce qui est une chance lorsque l’on tourne quatre mois et demi non-stop ! Je fais désormais partie de leur histoire commune et j’en suis très heureux. J’adore les aventures collectives. Je ressens le même plaisir sur France Inter où j’officie depuis cinq ans dans l’émission de Charline Vanhoenacker, Par Jupiter ! Je préfère 1 million de fois un travail en équipe qu’une carrière en solo brillante car je déteste être mon sujet principal. Dans un groupe, on est dilué et donc beaucoup plus grand. C’est cette force qui nous a permis de tenir jusqu’à la fin du tournage de Munch avec la même énergie. Le potentiel fictionnel autour d’une équipe d’avocats est grand, le spectre est large et je suis convaincu que cette série a encore de beaux jours devant elle.

Comédien, scénariste, réalisateur, chroniqueur, quel qualificatif vous sied le mieux ?
Mes enfants me qualifient d’artiste au sens large et ils ont raison, même si ce terme est toujours délicat à employer. Lorsque l’on est comédien, on pense aussi un peu comme un scénariste. Sur un plateau, j’imagine toujours le regard que porte le cameraman sur une scène. A travers toutes mes activités, dont le dessin, je suis plus dans une démarche artistique que carriériste. Je n’ai d’ailleurs aucune idée de ce que signifie «faire carrière». J’ai une vision de ce métier beaucoup plus poétique.

Quelle différence faites-vous entre le septième art et la télévision ?
Le cinéma est né avec le vingtième siècle et a réussi à accompagner tant les révolutions artistiques que les drames historiques et politiques ou que les révolutions sociétales. En cela, il a eu une ambition immense qu’il a toujours honoré. Aujourd’hui encore, malgré l’exponentielle multiplication des images, il réussit à créer des icônes, des références, des marqueurs artistiques. Mais la série a permis de renouveler la narration «classique». Le système des arches qui se croisent, la multiplicité possible des personnages qui peuvent intervenir, disparaître, les héros qu’on explore profondément et longuement, ont offert sur un sujet, un thème ou une simple anecdote, une vision panoramique. C’est une métaphore harmonieuse de nos vies, dont on ne sait jamais de quoi sera fait le prochain épisode. L’addiction est là : on veut savoir ce qui leur / nous arrive le lendemain matin ! Le confinement a aussi été un accélérateur car les Français ont beaucoup visionné de contenus. Durant un an, ils ont pris de nouvelles habitudes et ils en changeront tout aussi vite. Je suis convaincu que la télévision a toujours un grand avenir devant elle car elle fédère toutes les populations lorsqu’elle est audacieuse ou irrévérencieuse. J’en veux pour exemple les audiences exceptionnelles de HPI, sur TF1, par exemple, dont on peut à l’évidence voir tous les paris de production.