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A tes côtés - Interview de Jarry

A tes côtés - Interview de Jarry

publié par Vanessa Vincent le 21/09/2021
«Je suis né le jour où mon père est mort»
Il n’est jamais trop tard pour s’aimer et Jarry nous le prouve, à travers une «dramédie» librement inspirée de sa vie. Comment trouver sa place dans une famille lorsque l’on n’aspire pas à suivre la même voie, tracée depuis l’enfance ? Et si l’on faisait de nos différences une force commune pour mieux se concentrer sur l’essentiel, avant qu’il ne soit trop tard ? Par son authenticité, ce film nous fait osciller entre rires et larmes, coups de cœur et coups de sang. Et s’il ne reflétait pas simplement la vie de famille ? N’est-ce pas, Jarry ?
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Qui trouve-t-on… à vos côtés ?
Un père, à qui je voulais rendre hommage. A travers ce film auquel je pense depuis longtemps, j’ai souhaité me livrer avec sincérité et simplicité sur un pan de ma vie. Perdre un parent est un choc incommensurable. Pourtant, depuis toujours, j’ai choisi d’être positif, de voir tout ce qu’il me reste à accomplir et non pas ce que je n’ai plus ou n’aurai jamais. C’est ma philosophie de vie. Oui, j’aime rire et faire le fou car j’ai profondément décidé de profiter de chaque minute de mon existence. Comme tout le monde, j’ai traversé des moments difficiles, mais ils m’ont rendu plus fort et j’ai compris que la tristesse fait partie de la vie. Il faut l’accepter. Chacun d’entre nous est la résultante de parcours semés d’obstacles, mais je crois que nous avons tous la chance d’être maîtres de notre destin et de pouvoir prendre des décisions susceptibles de nous faire avancer, à tout âge. A tes côtés m’a permis de relater l’histoire très forte que j’ai vécu avec mon père, avec qui j’ai rencontré tant de difficultés à entrer en contact pendant des années. Il m’a offert le plus beau cadeau : la possibilité de vivre ses derniers instants à ses côtés. Cette fiction est l’occasion d’expliquer au public qui je suis en retraçant l’histoire d’un père et de son fils qui se retrouvent autour de la maladie pour traverser cette épreuve ensemble.

Le public connaît Jarry… moins Anthony. Qui est-il ?
Lorsque j’ai choisi de prendre un pseudo dans ce métier, c’était pour faire plaisir à ma mère en prenant son nom de famille. Le travail du comédien est à un moment donné d’être profondément lui-même et, à travers ce film, j’avais envie de montrer un peu plus qui je suis. Pour autant, il ne s’agit pas d’une autobiographie. Cette fiction est librement inspirée de mon parcours. Petit, je rêvais de danser, de chanter, mais là où je vivais, rien n’était accessible. Enfant et adolescent, je n’ai eu de cesse de confronter mes parents à de nouveaux centres d’intérêt qu’ils ne connaissaient pas du tout. Je voulais les élever alors qu’ils étaient très heureux ainsi. Ils étaient ancrés dans leur quotidien, ne se projetaient pas. La vigne, la chasse, la pêche étaient leurs territoires de prédilection et je me sentais très éloigné de tout cela. Dès que j’ai eu 18 ans, je suis parti découvrir le monde, j’avais soif de changement et j’ai parcouru une trentaine de pays.

Comment décririez-vous votre personnage ?
Anthony est un gamin né dans un endroit où rien de ce qui l’entoure ne l’inspire. Pour lui, la vigne et la terre riment avec austérité et il se sent enfermé dans ce petit village où tout le monde se connaît. Enfant, il passe des heures à scruter l’horizon où un autre monde l’attend, où il pourra s’épanouir. Il le sait depuis toujours, mais il reste car il aime profondément sa maman. Elle a tout compris depuis bien longtemps, mais elle ne peut pas mener les combats à sa place. Elle l’accompagne donc en douceur, tout en le regardant grandir.

Quel rôle joue la culture viticole dans cette famille ?
C’est un art et un savoir-faire très noble. Je l’ai compris à la mort de mon père. Un vigneron met un point d’honneur à protéger sa vigne pour obtenir le meilleur breuvage. Il doit aussi trouver l’alliance des vins qui s’accordera avec les meilleurs mets. C’est un art de la table. Être vigneron, c’est aussi se lever en même temps que le soleil, affronter les intempéries, le gel, la grêle, la neige, être à l’affût des fluctuations du cours du vin pour les ventes… Ce n’est pas un métier, c’est une vocation et je suis fier d’être issu d’une famille de vignerons.

A force d’échanger leurs silences, père et fils sont devenus des étrangers. Comment rattraper le temps perdu lorsque l’incompréhension mutuelle règne en maître ?
C’est la question centrale de ce film. Seule la contrainte de la maladie peut d’abord réunir ces deux hommes. Ils vont devoir oublier tous les fantasmes qu’ils ont cultivés l’un sur l’autre, leurs incompréhensions réciproques pour se recentrer sur l’essentiel. Quel est-il ? La peur de souffrir et de mourir. A travers cette épreuve, ils vont tous les deux lâcher prise et soigner leurs maux en faisant un pas l’un vers l’autre. Je suis né le jour où mon père est mort. Je me rends compte que je l’ai aimé toute ma vie alors que je l’ai longtemps considéré comme un étranger. On perd souvent du temps et beaucoup d’énergie à se quereller pour des petits détails. On se fait du mal pour pas grand-chose et cela est bien regrettable.

«Il faut du temps pour savoir qui on est. Le principal est d’être heureux», affirme votre personnage…
Si l’on sait qui l’on est, je crois que l’on peut être heureux car cela ne dépend que de vous. Cela prend du temps car c’est tellement plus simple d’être «con» ! Pendant des années, j’ai cru que j’avais été adopté. Je ne ressemblais tellement pas à mes frères, nos aspirations divergeaient tellement… Ils jouaient au foot, pratiquaient le judo : ils étaient les héros du village tandis que je vouais mon temps libre à la poésie. J’adorais Paul Eluard, lisais des essais de Gandhi. Je me posais beaucoup de questions et je peinais à savoir qui j’étais. Quand mon papa est décédé, j’avais 24 ans. J’ai su alors un peu plus qui j’étais. Lorsque j’ai assumé mon homosexualité et que, plus tard, je suis devenu papa, je me suis vraiment réconcilié avec le monde, au sens large du terme. Lorsque je regarde dans le rétroviseur, je ne retiens que le positif de ce parcours singulier.

Quels souvenirs gardez-vous de ce tournage qui s’est notamment déroulé à Rablay-sur-Layon, votre village natal, près d’Angers ?
J’avais envie que les acteurs de ma vie soient ceux du film. Avec Gilles Paquet-Brenner, le réalisateur, nous souhaitions que cette fiction soit la plus authentique possible. J’étais très fier de faire connaître et partager mon métier à tous ceux qui ont connu mon père. Je n’ai pas pu les emmener à Paris, mais Paris a pu venir à eux et c’était formidable. Beaucoup ont été figurants et ont même joué de petits rôles. J’avais tellement envie de filmer mon petit village de 600 habitants, qui est si beau et où tout a commencé. Du début à la fin, ce tournage a été magique et d’une manière ou d’une autre, je sais que mon père était présent et veillait sur nous…

Didier Bourdon et Marie-Anne Chazel incarnent vos parents à l’écran. Comment s’est passé le tournage… à leurs côtés ?
Je ne pouvais rêver mieux ! A 34 ans, j’ai rejoint le tournage de Bambou, un film de Didier Bourdon. J’y interprétais son meilleur ami. Lorsque je l’ai rencontré pour la première fois, j’ai été saisi par sa ressemblance avec mon père. C’était bluffant ! Durant tout le tournage, Didier n’a cessé de me conseiller de me lancer dans l’humour et c’est grâce à lui que je suis devenu humoriste. A l’époque, je lui avais confié mon désir de faire un film sur mon père et je lui avais demandé de l’incarner. Lorsque j’ai fini l’écriture du scénario, je lui ai envoyé et deux heures après l’avoir lu, il m’a appelé pour me confirmer sa participation. J’ai reçu une grande claque émotionnelle car nous avons une relation forte depuis longtemps et c’est un homme que j’aime énormément. Concernant Marie-Anne Chazel, j’étais très heureux qu’elle accepte ce rôle d’autant que je souhaitais jouer aux côtés d’une comédienne physiquement à l’opposé de ma mère. Je les considère aujourd’hui comme deux membres de ma famille à part entière. Nous avons tous vécu une aventure humaine très forte. Ma maman et mes frères ont été émus en visionnant le film, mais ils ont aussi beaucoup ri et j’en suis heureux. Je ne referai jamais un film aussi personnel. J’espère que le public sera au rendez-vous !

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