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Une affaire française - Interview de Guillaume Gouix

Une affaire française - Interview de Guillaume Gouix

publié par Vanessa Vincent le 31/08/2021
«Christine et Jean-Marie Villemin n’ont toujours fait qu’un»
Pour son premier rôle sur la chaîne, Guillaume Gouix incarne Jean-Marie Villemin, le père du jeune Grégory. «Un projet passionnant» pour le comédien qui livre l’interprétation saisissante d’un homme meurtri, en quête de vérité, qui reste pourtant un roc pour sa femme Christine, interprétée par Blandine Bellavoir. L’acteur revient sur ce rôle aussi exigeant que complexe.
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Quelle a été la genèse de ce projet ?
A 16 ans, j’ai incarné mon premier rôle sous la direction du réalisateur Christophe Lamotte. Depuis, nous cherchions un moyen de travailler à nouveau ensemble. Avec le producteur Julien Madon, que j’avais croisé sur le film Braqueurs, il a pensé à moi pour le rôle de Jean-Marie Villemin. L’écriture purement factuelle de cette série m’a immédiatement convaincu. Il était primordial qu’il n’y ait pas de parti pris et que le regard sur ce drame reste objectif. C’est une affaire encore en cours et d’un point de vue purement juridique, il était impensable qu’il en soit autrement. Dès lors, incarner ce personnage était une évidence. Le traitement choral de cette histoire et son casting très éclectique, à l’image de Guillaume de Tonquédec, Michel Vuillermoz, Laurent Stocker ou encore Dominique Blanc, ont aussi pesés dans ma décision. Je suis ravi d’avoir rejoint cette grande aventure. Ce projet m’a passionné du début à la fin. En sortant des sentiers battus, TF1 offre à ses téléspectateurs une série très forte à la fois dans le traitement de l’image, la construction narrative et son choix assumé de se tourner vers des comédiens venus d’univers très différents dont certains issus d’un cinéma qu’on qualifie plus d’auteur,.

Comment êtes-vous entré dans la peau de Jean-Marie Villemin ?
En incarnant un personnage, on s’efforce de le comprendre intrinsèquement. S’il s’agit d’une personne réelle, on espère qu’elle va se reconnaître dans notre interprétation car il est hors de question de la trahir. Je n’ai pas cherché à entrer en contact avec Jean-Marie Villemin afin de garder une totale objectivité vis-à-vis de l’histoire. Je me suis concentré sur ce que j’avais à jouer en visionnant de nombreux documentaires, reportages et images de l’INA. Pour retranscrire le visage de cet homme meurtri, que tout le monde pense connaître, j’ai essayé de ne pas l’imiter mais de comprendre ce qui l’habitait : une perte incommensurable, une colère, une incompréhension et un sentiment d’injustice. Notre défi avec Blandine a été de trouver la façon la plus juste de revisiter fictivement ce drame si intime en vivant intensément nos rôles.

Comment s’est déroulé ce tournage en deux temps, qui ramène les téléspectateurs dans les années 1980 ?
Aussi étrange que cela puisse paraître, il était joyeux. Lorsque nous tournons des scènes aussi dures que dans Une affaire française, nous avons besoin d’aérations et de cohésion de groupe. L’atmosphère exceptionnelle qui régnait sur le plateau a été très importante pour nous tous. Hélas, nous avons cessé de tourner pendant trois mois en raison de la crise sanitaire avant de nous retrouver en plein été. Se replonger dans les années 80 a été un véritable cadeau ! Enfiler un jean trop large, porter un blouson en cuir trop grand, mâcher un chewing-gum, retrouver les vieux téléphones, le minitel…! Je crois que nous avons réussi à retraduire ces années sans avoir l’air déguisés. J’ai adoré ce tournage qui nous permettait de croiser un jour Michaël Youn, un autre Gérard Jugnot… C’était très excitant.

Justement, connaissiez-vous d’autres comédiens présents au casting ?
Absolument. J’avais déjà croisé Laurent Stocker, Michaël Youn, Guillaume de Tonquédec, Laurence Arné et je connaissais très bien Michaël Abiteboul. Cela facilite naturellement le jeu. En revanche, Blandine et moi ne nous connaissions pas. Nous avons immédiatement dû jouer des scènes très fortes sur le plan émotionnel car dans cette série, il n’y a pas de place pour la légèreté. Or, si nous n’avons pas eu le temps de nous apprivoiser, l’alchimie a tout de suite été au rendez-vous. Nous nous sommes soutenus mutuellement et un lien amical s’est rapidement tissé entre nous.

Avec Blandine Bellavoir, vous incarnez un couple fusionnel, qui semble indestructible. Comment l’expliquez-vous ?
Avant la disparition de leur fils, les Villemin devaient déjà se battre contre un ennemi invisible, un «corbeau» qui les harcelait depuis longtemps. Ils ont été habitués à faire front ensemble. Ce drame terrible les a transformés en un roc indivisible. Pendant cette affaire, lorsque l’un craquait, l’autre le soutenait en permanence. C’est ce qui fut le plus beau à jouer dans notre partition avec Blandine. Elle est sa force, il est son rempart. Après la perte de Grégory, il ne leur restait que leur amour et leur soif de vérité pour rester debout.

Vous avez confié : «En tant qu’acteur, je veux être bousculé». Le réalisateur Christophe Lamotte a-t-il répondu à vos attentes ?
En tant qu’homme et que père, des rôles aussi puissants remettent beaucoup de choses en perspective. Incarner Jean-Marie Villemin m’a bousculé. En tant qu’acteur, j’aime sortir de ma zone de confort et me remettre en question face à un cinéaste qui me pousse dans mes retranchements et me fasse grandir. Christophe m’a demandé un jeu très précis, tout en pudeur, car nous avons sans cesse gravité dans la sphère intime du couple Villemin. Ce fut une très belle expérience.

Avec le recul, quel est votre point de vue sur cette grande affaire ?
C’est un drame intime dont tous les médias, puis un pays, se sont emparés. Lorsqu’une tragédie familiale n’appartient plus à ceux qui la vivent, on peut perdre pied et commettre des actes irrationnels. C’est le cas pour tous les protagonistes de cette sombre affaire. J’arrive à comprendre l’engrenage dans lequel est tombé le couple Villemin, qui a été pris dans un tourbillon médiatique malgré lui. Mais naturellement, je ne cautionne pas que l’on puisse tuer.

Quels sont vos projets ?
J’ai eu la chance de tourner récemment dans de nombreux films. Je viens de terminer une adaptation passionnante du roman de Michel Houellebecq, Les particules élémentaires, pour la télévision. J’ai également tourné dans une série d’Harlan Coben pour Netflix, Gone for Good, un polar avec un casting fantastique, et pris part à Playdate, un unitaire pour OCS. Désormais, je me concentre à 200% sur mon premier long métrage, un road movie avec, entre autres, Alysson Paradis et Elodie Bouchez. Je m’efforce de faire le meilleur film possible dans un ton libre et insolent.