//-->

Une affaire française - Interview de Blandine Bellavoir

Une affaire française

Episode 1
Lundi 20 septembre à 21:05

Une affaire française - Interview de Blandine Bellavoir

publié par Vanessa Vincent le 31/08/2021
«Une histoire d’amour incroyable»
Il y a des rôles qui laissent une marque indélébile dans une carrière. Celui de Christine Villemin a profondément marqué Blandine Bellavoir, qui a fait un point d’honneur à retranscrire avec justesse le combat sans fin de cette mère, qui sera même inculpée et écrouée pour l’assassinat de son fils en 1985 avant qu’un non-lieu ne vienne définitivement l’innocenter en 1993. La comédienne revient sur cette interprétation en tout point marquante.
une_affaire_francaise_blandine_bellavoir.jpg

Pourquoi avoir accepté ce rôle ?
Christophe Lamotte, qui m’avait déjà dirigée dans Insoupçonnable, m’a proposé le défi d’incarner le rôle de Christine Villemin. Cela m’a touchée car c’est un réalisateur dont j’apprécie la bienveillance et l’intelligence. J’adore travailler avec lui ! J’ai un peu hésité à me lancer dans cette interprétation car la responsabilité d’incarner ce personnage est incommensurable. L’écriture factuelle du scénario m’a convaincue. La lecture de ces six épisodes a mis à jour ce qui me fait le plus peur : l’emballement d’une machine que l’on ne peut plus arrêter, la folie du groupe, le déchaînement médiatique, l’intrusion des médias dans une affaire criminelle, les erreurs judiciaires, policières et le poids terrible de la rumeur. J’ai accepté car je voulais défendre cette femme ou plutôt ce couple qui a fait face au pire drame possible : la perte d’un enfant. Enfin, cette série raconte surtout une histoire d’amour incroyable dont je ne connaissais rien avant la lecture du projet. J’ai été saisie par ce que j’ai découvert. Unis pour le meilleur et le pire, Christine et Jean-Marie Villemin sont dans une quête de vérité depuis 1984 et je redoute qu’elle n’éclate jamais.

Jouer ce rôle vous a-t-il touchée personnellement ?
Il m’a profondément bouleversée. C’est aussi le cas pour Guillaume Gouix, qui incarne mon mari à l’écran. Au moment du tournage, nos enfants étaient en bas-âge et il est difficile de ne pas être chamboulés par de tels rôles. En tant qu’actrice, femme et mère, on ne peut pas sortir indemne d’un tel projet, même si l’on se protège. Chaque sillon de notre peau est marqué par la comédie ou le drame que l’on interprète. Ce rôle m’a fait prendre beaucoup de recul sur de nombreuses choses. Christine Villemin est incroyable. Elle m’a beaucoup appris. J’aimerais lui dire tellement de choses… Cette femme est un exemple de vie, de courage, de force et de résilience. C’est une héroïne et je suis fière de l’avoir incarnée pour lui rendre hommage.

Justement, comment vous êtes-vous glissée dans sa peau ?
Au départ, je ne souhaitais pas regarder le documentaire réalisé par Netflix et finalement, je l’ai visionné car tout le monde m’en parlait. Parallèlement, j’ai trouvé la base de mon rôle en lisant le scénario car tout est factuel. C’est un rôle incroyable à jouer. J’ai la sensation d’avoir pris part à une tragédie grecque, à l’image d’Antigone de Sophocle. C’est à la fois fascinant et complétement fou de trouver autant d’informations et d’images sur cette affaire. Plus de 3 000 articles ont été écrits ! Dans un premier temps, je me suis imprégnée de toutes ces sources en amont puis, je me suis coupée du monde extérieur pour me concentrer uniquement sur mon personnage. J’ai travaillé avec tout ce que j’avais imprimé consciemment et inconsciemment.

Comment s’est passée votre collaboration avec Guillaume Gouix, qui incarne Jean-Marie Villemin ?
Il est d’une bienveillance extrême, d’une grande intelligence et je le remercie pour son accompagnement tout au long de cette aventure singulière. Je me souviendrai toujours de ma main dans la sienne dès le premier jour du tournage, de la solidité de son poignet. Notre première scène était celle où je m’apprêtais à partir en prison, enceinte, avec mes maigres effets sous le bras. L’alchimie a été instantanée. Nous étions entourés d’une équipe artistique formidable qui nous a placés dans un écrin pour raconter l’histoire la plus terrible qui puisse arriver. Jean-Marie et Christine Villemin ont toujours été là l’un pour l’autre : c’est ce qui les a sauvés. Guillaume et moi avions une responsabilité car nous n’interprétions pas des personnages fictifs. La pression était donc importante. Accepter un tel projet, c’est revendiquer un respect des personnages publics que l’on représente. Raconter des histoires au cinéma, au théâtre ou à la télévision confère une implication très forte. Si Guillaume et moi avons réussi à retranscrire l’élégance de ce couple et la force de leur amour, notre pari est gagné.

Quels souvenirs gardez-vous de ce tournage en deux temps ?
Je revenais de Thaïlande pour le tournage de Coup de foudre à Bangkok. Après trois jours de pause, je me suis lancée corps et âme dans ce projet et j’ai vécu intensément chaque jour de ce tournage. Nous avons tourné dans la région de Strasbourg et l’ambiance était excellente. Le casting, sans aucune fausse note, était digne d’un film pour le cinéma. J’ai retrouvé avec plaisir Guillaume de Tonquédec avec qui j’avais tourné le film Bonne pomme, en 2017. Il est d’une élégance et d’une douceur incroyable. J’ai aussi eu la chance de croiser à nouveau Anne Benoît, avec laquelle j’ai joué dans Les Petits Meurtres d’Agatha Christie. Quel bonheur de donner la réplique à Michel Vuillermoz, dont je suis une grande fan ! Jeune comédienne fraîchement arrivée à Paris, j’étais allée le voir jouer Cyrano de Bergerac à la Comédie Française et j’en garde un souvenir mémorable. Je dois à Laurent Stocker l’un de mes plus grands fous rires de théâtre dans Le mariage de Figaro. Que de rencontres formidables ! Laurence Arné est également une comédienne merveilleuse. Je l’avais découverte dans WorkinGirls et j’étais fan d’elle. Nous partageons plusieurs scènes ensemble. C’est l’une de mes très belles rencontres sur Une affaire française, tout comme celle de Gérard Jugnot dont la bienveillance force le respect.