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Une si longue nuit - Interview de Mathilde Seigner

Une si longue nuit

Episode 5
Jeudi 3 février à 21:10

Une si longue nuit - Interview de Mathilde Seigner

publié par Vanessa Vincent le 27/12/2021
«Un rôle de femme libre comme je les aime»
La vie de Sami, 20 ans, étudiant sans histoires, bascule le soir où il rencontre une jeune femme qui fait irruption dans sa voiture. Ils vont chez elle et tout s’enchaîne. Alcool. Drogue. Sexe. Sami s’effondre. Lorsqu’il reprend connaissance, Gloria est morte. Est-il coupable ? Innocent ? Arrêté, il désigne Isabelle Courville comme avocate. Elle est sa seule chance de s’en sortir. Mathilde Seigner incarne cette pénaliste fantasque et désabusée, «borderline» mais attachante, qui a un seul but : sauver Sami.
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Pourquoi avez-vous accepté ce rôle ?
J’avais apprécié la version originale britannique, Criminal Justice, et je trouvais intéressant que l’adaptation française mette en scène une avocate et non un avocat. En effet, le point de vue d’une femme est différent d’un homme et cela a un impact sur la narration. J’ai été d’emblée convaincue par ce projet. Le sujet est dur, mais cette série a de la « gueule ». Par ailleurs, je souhaitais jouer sous la direction de Jérémy Minui, parce qu’il est le fils de Nicole Calfan, que j’adore. Elle était à la Comédie-Française avec ma tante et elle fait partie de mon enfance, tout comme François Valéry, le père de Jérémy. Je l’ai connu enfant et je suis fière du réalisateur talentueux qu’il est devenu. Alors que je ne voulais plus me réinvestir dans une série, je me suis laissée happer par ce projet ambitieux. Le sujet, les acteurs et la production m’ont convaincue. Une si longue nuit est avant tout une histoire affective.

Parlez-nous de votre personnage, maître Isabelle Courville…
C’est une femme libre comme beaucoup de personnages que j’ai eu la chance d’incarner. Même si le sujet est complètement différent, elle me rappelle Sam, la prof de français que j’ai interprétée il y a quelques années. Ce qui est très beau dans ce personnage, c’est son évolution. Au début, Isabelle est une avocate peu considérée, notamment par Jeff, le flic chargé de l’enquête, interprété par Jean-Pierre Darroussin. Elle s’occupe de la pègre, de la petite délinquance. Critiquée et certainement critiquable, elle ne paraît pas très crédible aux yeux de ses pairs. Lorsque Sami la choisit pour le représenter, la donne change. La suite des événements et sa ténacité vont prouver son talent et largement redorer son blason. A titre personnel, j’aime le parcours de cette femme, son mode de vie un peu dissolu. Tour à tour fantasque, blasée, Isabelle cache plusieurs facettes. En contradiction permanente, c’est un personnage très riche à jouer. Isabelle est une femme de conviction qui va au bout des choses, prend des risques insensés pour se forger sa propre opinion. Elle va même jusqu’à se droguer, comme Sami, pour voir l’effet que cela peut avoir sur la mémoire. Ses méthodes ne sont pas conventionnelles et elle n’a qu’un seul but : sauver ce gamin.

«Je ne veux pas être coincée par la vérité. On n’en a rien à foutre de la vérité. Ce qui compte, c’est gagner». A quel point peut-elle tenir ce discours ?
Isabelle est avocate, mais elle a l’intuition d’un flic. Elle pense impossible que ce gosse ait pu tuer car il n’a pas le profil. Dès le départ, Sami est victime d’un délit de sale gueule. Au mauvais endroit, au mauvais moment, il est la cible idéale. Dès le premier épisode, le téléspectateur est tiraillé entre des faits implacables et le doute légitime qui subsiste. C’est ce qui est intéressant. Sous son regard angélique, Sami peut être coupable. C’est un vrai sujet à une époque où les accusations de viols se multiplient.

Cette affaire est aussi celle de Jeff, un flic convaincu de la culpabilité de Sami. Entre vos deux personnages, l’affrontement est permanent…
Isabelle et Jeff ont vécu une relation amoureuse. On peut imaginer qu’il était amoureux d’elle et qu’elle n’a plus voulu de lui. Depuis, il ne la supporte plus et lui fait payer au prix fort cette blessure enfouie. C’est un bon flic, mais il manque d’intuition. Il est dès le départ fermement convaincu de la culpabilité de Sami. Pourtant, mon personnage parvient à immiscer le doute dans son esprit. Ce rapport amour / haine incessant que connaissent beaucoup d’anciens couples est très intéressant à jouer. Tourner avec Jean-Pierre Darroussin est un plaisir. C’est un super camarade de jeu et un comédien incroyable. Chaque tête-à-tête avec lui était puissant. Je n’ai qu’un seul regret : ne pas avoir plus tourné avec lui.

Sayyid El Alami, qui interprète Sami Kacem, crève l’écran. Quel regard portez-vous sur ce jeune comédien ?
Il est formidable ! C’est un gosse très travailleur qui s’est beaucoup impliqué dans son personnage. J’ai rarement vu ça. Très concentré, il vit à fond chaque scène et ne néglige aucun détail. Il a beaucoup de talent, mais aussi de la présence et ça, on l’a… ou pas. Sayyid souhaitait faire évoluer son personnage, changer de visage et c’est chose faite en rasant ses cheveux d’ange lorsqu’il rentre en prison. Il bascule alors dans l’ombre de l’univers carcéral, physiquement et psychologiquement. Ce détail, loin d’être anodin, marque son passage de l’autre côté de la barrière. Le poids des apparences est terrible car ce nouveau visage va même le rendre inquiétant.

Quels souvenirs gardez-vous de ce tournage ?
Il fut agréable, mais très éprouvant. Je n’ai plus 20 ans et m’investir non-stop pendant trois mois est extrêmement épuisant. Les séries demandent un investissement personnel incroyable. Heureusement, j’ai pu m’appuyer sur une coach pour m’accompagner car je n’ai plus la force d’apprendre seule des pages et des pages de textes. Que ce soit le matin en voiture, le midi à la pause déjeuner et le soir, j’ai vécu à temps plein pour ce rôle que j’ai adoré, malgré sa complexité. Heureusement, l’ambiance était très sympathique. J’ai pu compter sur la bienveillance de tout le casting, de Jérémy Minui et du producteur, Stéphane Marsil, que j’adore.

Quels sont vos projets ?
J’ai beaucoup travaillé dans ma vie et j’ai désormais décidé de faire une pause assez longue dans ce métier. J’ai envie de retrouver l’envie et pour ce faire, je vais me reposer un peu. Je viens d’achever le tournage d’un beau téléfilm pour France Télévisions, Les Enfants des Justes, une adaptation du roman de Christian Signol. Nous avons tourné en Dordogne, sous la direction de Fabien Onteniente, avec une distribution prestigieuse qui réunit entre autres Gérard Lanvin et Philippe Torreton. Enfin, Chœurs de rockers sortira au cinéma en octobre prochain. Il s’agit d’un film choral, tourné à Dunkerque, qui met en scène un improbable chœur de seniors…