Grand Hôtel - Interview d'Alain-Fabien Delon

Grand Hôtel - Interview d'Alain-Fabien Delon

publié par Vanessa Vincent le 25/08/2020
«Je rêve de passer derrière la caméra»
Lorsque l’argent et la puissance ne remplacent ni l’absence d’un père, ni l’amour d’une mère, comment dès lors se construire et trouver sa place ? Eternel incompris, Xavier Vasseur, le «petit dernier de la famille», peine à émerger dans cet univers impitoyable. Alain-Fabien Delon incarne avec talent ce personnage complexe qui l’a fait grandir. Confidences.
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Comment définiriez-vous Xavier Vasseur ?
Au début de la série, Xavier est un vrai «petit con», un fils de riche arrogant, méchant, qui se drogue. C’est un écorché vif qui se perd dans les paradis artificiels pour oublier sa famille, ce clan Vasseur qui l’écrase physiquement et psychologiquement. Il cherche en quelque sorte à s’anesthésier pour ne plus penser à ce que ses proches et en particulier sa mère, font autour de lui. Mon personnage est aussi un grand sensible qui tombe éperdument amoureux du personnage de Stella, interprété par Héloïse Martin, alors que son profil le prédispose à fréquenter plutôt des jeunes femmes superficielles ou vénales. Seule sa présence va lui permettre de s’ouvrir au monde et lui faire comprendre qu’il peut exister et grandir sans sa famille. Stella sera la clé de la sérénité.

Derrière son arrogance se cache une grande fragilité. D’où vient-elle ?
Son aplomb à toute épreuve, son air dur et son ton cassant cachent effectivement une faille. Elle vient de la mort de son père et du manque d’amour de sa mère, Agnès. Il nourrit aussi un complexe d’infériorité vis-vis de sa sœur, Margaux, à qui tout réussit et une certaine jalousie le ronge, même s’il l’aime. Dans le clan Vasseur, tout le monde vit dans l’ombre d’Agnès, exceptée Margaux. Voilà pourquoi Xavier explose souvent, mais ses attaques sont mal dirigées. Il s’emporte pour le plaisir, à des moments qui ne sont pas significatifs. S’il a raison sur le fond, il a tort sur la forme.

La personnalité écrasante de sa mère ne l’empêche-t-elle pas de trouver sa place dans la société ?
Certainement, même si le plus pesant est l’ambiance globale qui règne dans cette famille héritière, le poids de ce clan désuni, les tempéraments forts de chacun, leurs secrets et leurs non-dits… Xavier est le petit dernier de la famille, l’éternel enfant et surtout, un «branleur». Quoi qu’il fasse, il sera toujours ramené à sa condition de bon à rien. On ne lui fait pas confiance et on ne lui confiera jamais aucune responsabilité importante au Grand Hôtel. Il renvoie à jamais l’image d’une personne qui n’est pas fiable. Même quand il essaie de devenir crédible, il réalise qu’on se fiche complètement de lui et ça lui fait mal.

Y a-t-il un peu de vous en lui ?
Je ne m’inspire pas forcément de ma vie personnelle pour jouer, mais j’ai ressenti certaines similitudes entre Xavier et moi. Lorsque j’étais plus jeune, ma famille m’a souvent assimilé à un «branleur» et il a été difficile d’effacer cette image à leurs yeux. Aujourd’hui, mes proches savent très clairement que ce n’est plus le cas, mais il a fallu un «tilt» pour que les choses changent. J’ai beaucoup travaillé sur ce rôle et particulièrement la séquence dans laquelle je traite Carole Bouquet, qui incarne ma mère, de «pute». Je me suis inspiré de la scène de Scarface dans laquelle le couple phare incarné par Al Pacino et Michelle Pfeiffer s’insulte très violemment dans un restaurant. Cette séquence crue durant laquelle chacun se dit ses quatre vérités en public est d’une grande dureté, mais c’est aussi une scène culte. Face à Carole Bouquet, qui a été absolument adorable, j’ai puisé en moi pour être à sa hauteur.

Quels souvenirs gardez-vous de ce tournage ?
Nous avons eu la chance d’être dirigés par deux réalisateurs, Yann Samuell et Jérémy Minui, qui sont de grands professionnels, à l’écoute des comédiens. Jérémy Minui a particulièrement été exigeant avec moi et je l’en remercie. Il nous parle même pendant les prises et j’adore ça ! Il y a certaines scènes que je ne pensais pas être capable de jouer avant Grand Hôtel. Ce tournage m’a permis de me dépasser. Nous avons aussi eu la chance de tourner avec des moyens importants, dans des décors sublimes, avec une histoire qui tient la route. Tout cela fait vibrer, surtout lorsque l’on est un jeune comédien. Auparavant, j’ai tourné dans de nombreux films d’auteur, ce qui n’a pas forcément été facile en termes d’organisation. En intégrant le casting de Grand Hôtel, j’ai découvert une quinzaine de comédiens fabuleux, une équipe magnifique, dont je me sens encore aujourd’hui très proche. Je suis fier de faire partie de cette aventure.

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En parlant du casting, quelles personnalités avez-vous découvertes ?
Je ne connaissais pas Carole Bouquet et j’ai découvert une femme adorable, vraiment très drôle. Il était très intéressant de lui donner la réplique et en même temps très dur d’être aussi méchant avec elle car cela ne me ressemble pas du tout. De son côté, ce fut pareil. A un moment, elle doit avoir des mots terribles à mon égard et elle n’a pu les prononcer. On a donc changé la tournure d’une phrase en dernière minute. J’ai échangé trois scènes assez fortes avec Victor Meutelet et tout s’est très bien passé. J’apprécie beaucoup Virgile Bramly même si nous n’avons partagé aucune séquence ensemble. Il joue divinement bien et j’ai un immense respect pour lui. Je n’aurais pas pu rêver de meilleure partenaire féminine qu’Héloïse Martin. Nous avons vraiment pu nous amuser car nous avions confiance l’un en l’autre. Les scènes d’amour n’ont pas forcément été faciles à tourner au début, mais nous avons réussi à nous abandonner vraiment, à vivre pleinement notre jeu sans penser à des choses immatures. Je me suis lié avec de nombreuses personnes sur le plateau et en particulier avec Jérémy Minui, qui m’a fait un beau cadeau en me permettant de rester sur le tournage lorsque je ne jouais pas. C’est un honneur d’être tous les jours à l’école du cinéma, de voir vivre et s’agiter un aussi vaste plateau avec 70 personnes à l’œuvre pendant sept mois. J’ai appris les secrets du montage, comment se placent les caméras, comment on jongle avec un problème de texte, l’absence d’un comédien… Tout ce qui se passe derrière la caméra me fait vibrer.

Cette expérience semble très prometteuse pour la suite…
C’est une certitude. J’ai beaucoup appris sur le plan professionnel et personnel. Grand Hôtel m’a permis de prendre confiance en moi et de m’affirmer sur un plateau où j’ai ma place. Je ne me suis pas pris la tête avec mon physique, j’étais là pour jouer, simplement. Avant ce tournage, je me posais peut-être beaucoup plus de questions. Même si je n’ai vu que quelques images furtives, je pense que le résultat sera magnifique. Ce tournage en deux temps à cause du confinement aura duré sept mois et je n’ai jamais pris part à un projet aussi long. J’en ressors très heureux. J’espère d’ores et déjà qu’il y aura une seconde saison pour retrouver toute l’équipe ! Mon père ne tournait pas souvent dans des séries, mais je sais qu’il appréciait comme moi de retravailler avec les mêmes personnes dans une bonne ambiance et surtout, dans une relation de confiance. Cela est très important.

Quels rôles vous font rêver ?
Tous, du moment que l’histoire me parle. J’ai juste envie de continuer à faire ce que j’aime, de me réveiller le matin avec l’envie d’incarner un personnage que je «kiffe», même s’il s’agit d’un homme détestable. Voilà seulement deux ans que j’ai la chance de tourner dans des films qui me touchent, à commencer par un film d’auteur que j’ai tourné en novembre dernier et qui sortira un peu plus tard. C’est la même chose avec le rôle de Xavier. Je me suis pris d’affection pour ce personnage charismatique.

Quels sont vos projets ?
2021 sera une année chargée. En attendant, j’attends avec impatience la diffusion de Grand Hôtel. Dans quelques mois sortira un long métrage Jour sauvage, dans lequel je joue. Mon souhait est de devenir réalisateur. Je suis justement en train de commencer à écrire un film d’auteur que je souhaiterais réaliser. J’aime toucher à tout. J’ai déjà écrit un livre, joué et maintenant je rêve de passer derrière la caméra. C’est la prochaine étape.