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« Un terrain de jeu que je n’avais pas encore exploité »

Syndrome E - Interview de Vincent Elbaz
Publié par le 06/09/2022
Syndrome E Elbaz

Dans cette adaptation d’un des romans de Franck Thilliez, Vincent Elbaz se glisse dans la peau d’un personnage emblématique de l’univers de l’auteur : le commissaire Sharko. Le comédien s’est attaché à en livrer une interprétation à la fois personnelle et fidèle au roman.

Pourquoi avoir accepté de participer à cette série ?
A la lecture du scénario, j’ai été happé par l’enquête de ce thriller. J’ai trouvé qu’il y avait un vrai effet « page-turner ». J’ai aussi rapidement pensé que j’avais quelque chose à créer et à explorer avec ce personnage… même si je ne savais pas encore quoi ! Il existe un large choix de séries. En tant que comédien, il faut proposer des interprétations pour se démarquer, sans chercher toutefois à être original à tout prix. C’est un vrai challenge ! Sharko m’en donnait l’occasion, il m’offrait un terrain de jeu que je n’avais pas encore exploité. Et interpréter un personnage qui préexiste au scénario est toujours intéressant pour un acteur.

Comment avez-vous procédé ?
Je ne connaissais pas l’univers de Franck Thilliez. J’ai donc d’abord lu ses romans. J’ai commencé par Syndrome E puis j’ai continué avec les premiers livres où Sharko apparaissait pour comprendre la genèse du personnage. J’y ai puisé des informations précieuses et assez factuelles sur son physique, son caractère, son comportement. J’ai essayé d’y coller au plus près. Pour moi, c’était une véritable mine d’or ! J’ai ainsi commencé à m’approprier le personnage et à me préparer pour retranscrire l’image que j’avais en tête. En parallèle, je savais que j’allais m’appuyer sur le scénario. Nous avons fait des lectures de travail très précises avec Mathieu Missoffe, le scénariste et showrunner de la série, et la réalisatrice Laure de Butler pour construire ensemble le personnage.

Quelle vision aviez-vous de Sharko ?
Franck Thilliez donne peu d’informations sur son apparence physique mais il dissémine de petits détails : un regard froid et gris, des cicatrices, une manière de parler avec les mâchoires serrées et cette coupe en brosse qui revient plusieurs fois. Sharko est un peu emprisonné à l’intérieur de lui-même. Ce n’est pas un homme égoïste mais la manière dont il communique avec les autres semble toujours étrange et dans la retenue. En lisant le scénario et les romans, j’ai découvert les épreuves terribles qu’il avait traversées et elles devaient s’incarner physiquement. Il fallait voir tout de suite qu’il avait souffert. Je l’imaginais donc assez émacié au niveau du visage. Pourtant il est aussi très charismatique dans les romans : quand il entre dans une pièce, on le remarque ! Je le voyais donc à la fois amaigri et assez imposant. J’ai perdu 10 kg, tout en suivant un entraînement physique. Cette préparation a été un subtil mélange entre perte de poids et musculation. Petit à petit, ce personnage m’est apparu comme une évidence. Ensuite, je devais l’incarner pour convaincre. J’ai partagé ma vision avec l’équipe : la réalisatrice, la productrice, le showrunner. Et il y a aussi tout ce qui s’est passé sur le plateau au moment du tournage avec les autres acteurs.

Justement, la série rassemble un beau casting !
Oui. J’ai participé aux essais pour trouver la comédienne qui incarnerait Henebelle. Il y a eu une vraie rencontre avec Jennifer Decker et tout le monde a été unanime sur sa performance et notre duo. J’ai adoré jouer avec Bruno Lopes, il dégage vraiment quelque chose à l’image. Dans les séries policières, les textes de débriefing sur les enquêtes peuvent être laborieux. Bruno apportait beaucoup de naturel à ces séquences. Les barrières entre cinéma, télévision et théâtre sont tombées grâce à la qualité de certaines séries françaises. Cela fait venir des acteurs d’univers différents. J’ai eu la bonne surprise de retrouver Dominique Blanc, une comédienne pour laquelle j’ai une grande admiration. Syndrome E rassemble aussi Bérengère Krief, Emmanuelle Béart, Richard Bohringer… Michèle Bernier est très émouvante dans son rôle. Quant à Célia Lebrument, la jeune actrice qui interprète ma fille, elle était professionnelle et d’une grande sensibilité. J’ai adoré jouer avec elle.

Quelles ont été les scènes les plus compliquées ?
Celles où Sharko revit ses traumatismes parce qu’il s’agit d’états émotionnels hors normes. C’est intéressant pour un acteur d’aller explorer des choses qui sont de l’ordre de l’EXTRAordinaire. Ce type de personnage permet de se confronter à un terrain émotionnel plus dense. Il faut décupler sa puissance de jeu et chercher au fond de soi les ressources nécessaires.

Appréhendiez-vous le regard de Franck Thilliez sur votre interprétation ?
Oui, j’avais forcément une petite pression supplémentaire. En plus, j’ai découvert qu’il y avait une vraie communauté de fans autour de Franck Thilliez et que Sharko était emblématique de son univers. C’était d’autant plus important pour moi de ne pas rater « mon Sharko ». Quand j’ai commencé à travailler le personnage, je me suis dit que je devais présenter ma version mais que l’auteur et ses lecteurs devaient pouvoir le reconnaître. J’ai rencontré Franck Thilliez sur le tournage. Il avait l’air content de ce qu’il voyait. C’est génial d’avoir un bon retour du créateur du personnage.

Comment s’est passé le tournage ?
Laure de Butler apporte à la fois une grande maîtrise et beaucoup de gaieté sur un plateau, c’est très joyeux de travailler avec elle malgré l’univers sombre et les contraintes d’une série. Si elle impose un cadre, il y a de la place pour une vraie liberté de jeu à l’intérieur. J’aime participer à des séries parce qu’elles offrent la possibilité de développer un personnage sur le long terme. Et puis nous sommes allés tourner certaines séquences au Maroc. C’était très dense et enrichissant. J’ai notamment rencontré Abdelatif Chaouqi, un super comédien, et Fehd Benchemsi, un acteur qui est aussi musicien. C’est un mec super intéressant. Il m’a fait découvrir la musique gnaoua, une sorte de jazz marocain qu’il a fusionné avec de l’électro.

Quels sont vos projets ?
J’ai deux projets de long métrage : un film de Caroline Vignal avec Laure Calamy et un autre d’Alix Delaporte avec Roschdy Zem. J’aimerais aussi beaucoup refaire du théâtre.